Analyser des offres DPGF : méthode et pièges

Comparer les offres des entreprises sur une DPGF : recevabilité, postes manquants, quantités modifiées, offre anormalement basse. Méthode en 5 étapes.

Publié le
13 octobre 2026
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9 min
Sources
7 citées
Éditeur
Norma Builders
Sommaire
  1. Qu’est-ce qu’une DPGF et à quoi sert-elle dans l’analyse des offres ?
  2. Quelle méthode suivre en cinq étapes ?
  3. Comment repérer une offre anormalement basse ?
  4. Quels pièges rencontre-t-on le plus souvent ?
  5. Ce que Norma apporte
  6. Questions fréquentes

Analyser des offres sur une DPGF consiste à comparer, poste par poste et lot par lot, ce que chaque entreprise propose à ce qui était demandé dans le DCE : mêmes postes, mêmes quantités, mêmes prestations. La méthode tient en cinq étapes : contrôler la recevabilité, rendre les offres comparables, les comparer à l’estimation et entre elles, relever les anomalies, puis mettre au point avant d’attribuer. Les pièges viennent presque tous de postes oubliés ou de quantités modifiées, qui font paraître une offre moins chère qu’elle ne l’est.

Qu’est-ce qu’une DPGF et à quoi sert-elle dans l’analyse des offres ?

La DPGF, ou décomposition du prix global et forfaitaire, détaille le prix forfaitaire d’une entreprise : la liste des postes qui composent son prix, avec le montant de chacun. Elle s’oppose au bordereau de prix unitaires (BPU), qui donne un prix par unité appliqué aux quantités réellement exécutées, et au détail quantitatif estimatif (DQE), qui combine des prix unitaires avec des quantités estimées par l’acheteur.

Dans une consultation de travaux, la trame de DPGF est produite avec le dossier de consultation, souvent par l’économiste de la maîtrise d’œuvre à partir des CCTP de chaque lot. L’entreprise la remplit avec ses prix. Selon le règlement de consultation, elle peut aussi établir sa propre décomposition. Pour l’analyse, la DPGF de référence sert d’étalon, car aucune comparaison poste à poste n’est possible sans trame commune.

L’analyse intervient pendant la phase ACT (assistance pour la passation des contrats de travaux). Le maître d’œuvre assiste le maître d’ouvrage, mais c’est ce dernier qui choisit les entreprises et signe les marchés.

Quelle méthode suivre en cinq étapes ?

Étape 1Contrôler la recevabilité

Avant de regarder les prix, vérifiez que l’offre est exploitable. Les points à contrôler viennent du règlement de consultation : remise dans le délai, acte d’engagement signé, DPGF remplie sur la trame fournie, mémoire technique, attestations demandées. Notez ce qui manque et demandez-le par écrit. Le traitement d’une offre hors délai ou incomplète dépend du cadre.

  • En marché public, le code fixe la règle : une offre reçue hors délai est éliminée (article R2151-5). Une offre irrégulière peut, si l’acheteur le décide, être régularisée, à condition qu’elle ne soit pas anormalement basse et que la régularisation ne modifie pas ses caractéristiques substantielles ; l’acheteur n’y est pas obligé, et s’il l’ouvre, c’est à tous les candidats concernés (article R2152-2).
  • En marché privé, c’est votre règlement de consultation qui fixe ces règles. Écrivez-les avant la remise des offres et appliquez-les à tous de la même façon, sans exception.

Étape 2Rendre les offres comparables

Ramenez toutes les offres au même format avant de les confronter.

  • Une trame par lot. Reportez chaque offre sur la DPGF de référence, poste par poste.
  • Les totaux recalculés. Recalculez chaque sous-total et le total : les erreurs d’addition ou de report existent.
  • Hors taxes partout. Comparez les montants hors taxes, sans mélanger HT et TTC.
  • Options et variantes à part. Une variante proposée par une entreprise ne se compare pas à l’offre de base : isolez-la.
  • Les postes ambigus. « Compris », « néant », « voir autre lot » et les cellules à zéro doivent être élucidés : un poste à zéro peut vouloir dire « inclus ailleurs » ou « oublié ».

Étape 3Comparer à l’estimation et entre les offres

Deux comparaisons se complètent. La première confronte chaque offre à l’estimation du maître d’œuvre, par lot puis par poste. La seconde confronte les offres entre elles : pour chaque poste, où se situe l’entreprise par rapport aux autres ?

Fixez vos seuils d’alerte vous-même, lot par lot, selon la dispersion des prix. La fiche technique de la direction des affaires juridiques du ministère de l’économie, consacrée aux offres anormalement basses, rappelle d’ailleurs qu’une formule ne peut pas fonder seule un rejet : un seuil calculé sert à repérer, pas à exclure.

Étape 4Relever les anomalies

Quatre familles d’anomalies reviennent systématiquement.

  • Les postes manquants : une ligne laissée vide ou supprimée, qui fait baisser le total.
  • Les quantités modifiées : l’entreprise a corrigé une quantité, parfois à bon droit, parfois pour alléger son prix. Toute modification doit être expliquée.
  • Les unités changées : un poste passe du mètre carré au forfait, ce qui rend la comparaison impossible sans retraitement.
  • Les prix très éloignés : en dessous comme au-dessus du marché, ils appellent une justification.

Lisez aussi le mémoire technique avec le CCTP sous les yeux. Une offre peut être chiffrée sur la bonne trame et pourtant s’écarter des prescriptions techniques : matériau différent, phasage non conforme, prestation exclue dans le texte.

Étape 5Mettre au point puis décider

Posez à chaque entreprise des questions écrites, dans les mêmes termes pour toutes, sur les écarts qui comptent. Faites chiffrer les corrections. Établissez ensuite l’analyse définitive : un tableau par lot, les offres remises à niveau, les points restés ouverts. Quand une entreprise est candidate sur plusieurs lots, comparez des scénarios d’attribution : le moins-disant lot par lot n’est pas toujours la meilleure combinaison globale, surtout si des remises sont liées à l’attribution de plusieurs lots.

La décision appartient au maître d’ouvrage, et l’analyse sert à la préparer.

Comment repérer une offre anormalement basse ?

Le Code de la commande publique définit l’offre anormalement basse (article L2152-5) comme une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché. L’article L2152-6 oblige l’acheteur public à mettre en œuvre tous moyens lui permettant de détecter ces offres. Lorsqu’une offre paraît anormalement basse, il exige de l’entreprise des précisions et justifications. S’il établit, après vérification, que l’offre est bien anormalement basse, il la rejette.

L’acheteur doit donc repérer ces offres, demander des justifications par écrit, les apprécier, puis décider. La fiche de la direction des affaires juridiques détaille les indices à exploiter : la composition du prix, la comparaison avec les autres offres, la comparaison avec l’estimation de l’acheteur, le respect des obligations sociales. Elle rappelle aussi les risques d’une offre sous-évaluée : demandes de rémunération complémentaire, défaillance de l’entreprise, qualité dégradée, travail dissimulé. Cette fiche date de 2011 et fait référence à l’ancien code des marchés publics ; les règles sont aujourd’hui dans le Code de la commande publique, mais la méthode d’identification reste utile.

Pour un maître d’ouvrage privé, ces textes ne s’imposent pas. Le raisonnement reste pourtant valable : une offre très inférieure aux autres et sans explication se traduit souvent, plus tard, par des avenants, des retards ou des contentieux. Une demande de justification écrite ne coûte rien et vient compléter le dossier du marché.

Quels pièges rencontre-t-on le plus souvent ?

  • Le poste oublié. C’est le piège le plus courant : l’entreprise « moins-disante » a omis ou minoré un poste, et le récupère par avenant.
  • Les quantités du dossier de consultation elles-mêmes erronées. Si la DPGF de référence comporte une erreur, toutes les offres la reproduisent ou la corrigent différemment. Vérifier la cohérence des quantités avant l’envoi aux entreprises évite ce cas.
  • La comparaison de bases différentes. Une offre sur une trame modifiée, une variante mêlée aux offres de base, un total TTC comparé à des totaux HT : le classement obtenu n’a plus de sens.
  • Le dossier qui change en cours de consultation. Un DCE modificatif oblige à reporter toutes les offres sur la nouvelle trame, et à identifier ce qui a changé pour chaque entreprise.
  • Le mémoire technique lu trop vite. Une exclusion écrite dans le texte n’apparaît pas dans le tableau de prix.
  • Le référentiel contractuel oublié. En marché public, le CCAG Travaux (arrêté du 30 mars 2021) n’est pas obligatoire : il ne s’applique que si le marché y renvoie expressément, et le marché peut y déroger. Vérifiez ce qui s’applique réellement avant de trancher un différend.

Ce que Norma apporte

Proposé en accès anticipé, le module d’analyse des offres de Norma sert, pendant la consultation des entreprises, à :

S’inscrire gratuitement
  • importer le DCE : la plateforme retrouve les lots, la DPGF de référence et les pièces du règlement de consultation ;
  • renseigner les entreprises consultées par lot, puis les offres reçues ;
  • rapprocher chaque offre de la DPGF de référence poste par poste, calculer les montants par lot, lire l’estimation du maître d’œuvre et signaler les écarts et les prix anormaux ;
  • contrôler la recevabilité de chaque entreprise au regard des pièces exigées par le règlement de consultation ;
  • lire le mémoire technique et le confronter au CCTP : les écarts apparaissent comme des points de vigilance classés « à vérifier » ;
  • réanalyser les offres en cas de DCE modificatif, en suivant les points de vigilance de version en version ;
  • composer des scénarios d’attribution par lot, avec le moins-disant calculé automatiquement ;
  • poser des questions à Norma sur l’ensemble de la consultation, avec une réponse sourcée sur les pièces.

Ce module a des limites. Sans DPGF de référence dans le DCE, l’analyse ne démarre pas, car il n’y a pas de base de comparaison. Les variantes d’entreprise ne sont pas traitées comme telles : une variante est enregistrée comme une offre distincte, marquée non conforme. Les points signalés par l’IA sont des pistes à vérifier : l’économiste ou le maître d’œuvre valide, et la plateforme n’attribue aucun marché. Le module ne produit pas de rapport d’analyse rédigé.

Pour la place de ce module dans l’ensemble de la maîtrise d’ouvrage, voir la page Norma pour la maîtrise d’ouvrage.

Questions fréquentes

Quelle différence entre DPGF, BPU et DQE ?

La DPGF décompose un prix global et forfaitaire : chaque poste porte un montant, et le total est le prix du marché, indépendamment des quantités finalement exécutées. Le BPU liste des prix unitaires, appliqués aux quantités réellement commandées. Le DQE multiplie ces prix unitaires par des quantités estimées pour obtenir un montant comparable entre offres.

Combien d’offres faut-il comparer par lot ?

Aucun nombre ne s’impose. Plus il y a d’offres sur un lot, plus l’écart à la médiane est instructif. Avec deux offres seulement, la comparaison à l’estimation du maître d’œuvre prend le relais, et l’écart entre les deux offres doit être expliqué.

Qu’est-ce qu’une offre anormalement basse ?

Une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché, selon l’article L2152-5 du Code de la commande publique. Elle ne se définit pas par un pourcentage fixe : l’acheteur doit demander des justifications écrites avant de la rejeter.

Peut-on négocier après la remise des offres ?

En marché privé, la mise au point avec les entreprises est courante et libre. En marché public, la possibilité de négocier dépend de la procédure retenue et de ce que prévoit le règlement de consultation. Dans tous les cas, traitez les entreprises sur un pied d’égalité : mêmes questions, mêmes délais.

Que faire quand une entreprise a modifié la DPGF ?

Ne comparez pas une trame modifiée à la trame de référence sans retraitement. Reportez ses montants sur la trame d’origine, relevez les postes supprimés, les quantités changées et les unités modifiées, puis demandez à l’entreprise de confirmer par écrit. Si elle maintient ses modifications, traitez-les comme une variante, hors comparaison directe.

Découvrez ce que Norma peut déjà faire sur l’une de vos opérations.